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Homélie pour la Messe
Chrismale
31 mars 2010
Cathédrale de Sainte-Anne-de-la-Pocatière
La messe chrismale, mes sœurs et mes frères, c’est un
événement central dans la vie de notre Église
diocésaine. Nous reconnaissons que celui qui nous
rassemble c’est le Christ, lui qui a été consacré d’une
manière unique, comme Fils de Dieu et Sauveur du monde.
Nous reconnaissons également que, grâce à lui, nous tous
qui avons été marqués par le saint chrême le jour de
notre baptême et le jour de notre confirmation, nous
formons ensemble un unique peuple consacré au Seigneur
pour la vie du monde… Si vous vous en souvenez, c’est
sur cet aspect de notre foi que j’avais choisi de
réfléchir avec vous l’année dernière.
Aujourd’hui, notre messe chrismale s’inscrit dans
l’année presbytérale voulue par notre Pape Benoît XVI,
comme une année de prière et de réflexion pour que tout
le peuple chrétien et que les prêtres eux-mêmes
redécouvrent le mystère de leur consécration dans le
Christ et la beauté de la mission qu’ils ont reçue de
lui, chacun devant pouvoir dire en vérité à la suite du
Christ : L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le
Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé
porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux
prisonniers qu’ils sont libres, et aux aveugles qu’ils
verront la lumière, apporter aux opprimés la libération…
Dans ces paroles fortes et denses, nous trouvons tout le
sens et la portée de la mission du Christ, tout le sens
et la portée de la mission du prêtre, au service de la
vie de ses sœurs et de ses frères, et de leur liberté
vue comme un chemin de libération…
Mais nous ne pouvons ignorer aujourd’hui que cette
année presbytérale a été obscurcie et troublée par la
grande publicité faite à des abus sexuels survenus dans
plusieurs pays du monde et également chez nous : abus
malheureux imputés à des prêtres qui ont ainsi trahi la
mission reçue du Christ… Nous ne pouvons pas ignorer ces
scandales qui défigurent le visage de notre Église, et
qui peuvent susciter en nous indignation, honte et
tristesse, mais en même temps nous devons apprendre à
les situer dans une juste perspective… Ces situations
inacceptables impliquent une infime minorité des prêtres
qui exercent un ministère dans l’Église et, bien qu’une
infime minorité ce soit déjà trop, elle ne doit pas nous
faire oublier toute la fidélité, la générosité, et le
don total de soi vécus par la très grande majorité des
prêtres ; cette infime minorité de coupables ne justifie
pas un mépris généralisé de l’Église ni des tentatives
de la démolir en la ridiculisant ou en la suspectant de
tous les maux… Dimanche dernier, j’étais heureux de lire
dans un journal le témoignage d’un jeune garçon qui
déclarait : L’Église fait des gaffes, mais moi, j’ai
goûté à ses réussites. Et une jeune fille avait la belle
franchise d’affirmer : Ça me porte à me questionner,
mais ça renforce ma foi. (Cf. Le Soleil, dimanche 8 mars
2010, p. 5 : Des jeunes peu ébranlés)
Devant tout ce que nous pouvons entendre ou lire sur ce
sujet, osons dire :
Oui, à la justice envers les victimes,
mais non aux attaques répétées contre le Pape
Benoît XVI !
Oui, à la juste réparation et à la demande de
pardon par les coupables, mais non à la
condamnation de toute l’Église !
Oui, à la guérison de ceux et celles qui ont
déjà trop souffert, comme aussi de ceux qui les ont
fait souffrir, mais non à la suspicion
généralisée envers tous les prêtres !
Mes sœurs et mes frères, nous n’avons pas à cacher que
nous vivons une époque douloureuse et humiliante pour
notre Église, et que notre foi à tous et à toutes est
mise à l’épreuve, mais cette situation ne doit pas
occulter tout ce que l’Évangile et l’Église ont apporté
et apportent encore chaque jour au monde, comme message
de libération et de vraie humanité… Notre Église est
constituée d’un peuple pécheur, mais d’un peuple
consacré au Seigneur, et la consécration de chaque
prêtre est au service de cette mission. C’est le sens de
l’engagement que tous les prêtres du monde entier sont
invités à renouveler chaque année, au cœur de la messe
chrismale, alors qu’ils se trouvent rassemblés autour de
leur évêque…
Chers frères prêtres, devant les représentants et
représentantes de nos diverses communautés chrétiennes,
puissions-nous redire tous ensemble un oui total et
joyeux au Seigneur : un oui conscient de nos limites,
mais plus conscient encore de la grâce de Dieu ; un oui
humble, mais libre de tout complexe d’infériorité ; un
oui conscient des difficultés d’aujourd’hui, mais qui ne
se laisse pas intimider par elles ; un oui joyeux, car
Dieu est fidèle et il ne nous déçoit jamais !
Chères sœurs et chers frères, notre oui comme prêtres
et évêques se prolongera durant la Vigile pascale
célébrée dans plusieurs de vos églises, alors que vous
serez invités à renouveler vous-mêmes le oui de votre
baptême en y découvrant toujours mieux la source
intarissable de votre consécration au Christ. L’onction
chrismale qui a marqué un jour nos fronts de baptisés et
de confirmés, l’onction chrismale qui a consacré nos
mains de prêtres, l’onction chrismale dont ont été
ointes nos têtes d’évêques, ces diverses onctions nous
ont unis au Christ d’une manière particulière en
imprégnant tout notre être et en faisant de nous des
consacrés…
Avant de poursuivre notre célébration par la
consécration du saint chrême précisément, prenons un
moment de silence et mettons-nous en contact avec le don
reçu au jour de notre baptême ou de notre confirmation,
au jour de notre ordination diaconale, presbytérale ou
épiscopale… Prenons conscience du don reçu et de l’amour
reçu… Prenons conscience que c’est un don à partager et
un amour à partager…
† Yvon Joseph Moreau
Cathédrale de Sainte-Anne-de-la-Pocatière
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