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DES BIENS AU SERVICE
DE LA MISSION
Des biens :
ce peut être une église, un presbytère, un cimetière,
tout autre édifice (grange, glacière) ou tout autre bien
(érablière, lot à bois, terrain) appartenant à la
Fabrique…. Des biens qui ont :
- d’abord une valeur matérielle…
- aussi une valeur patrimoniale et
culturelle plus ou moins importante... (Déjà il y a eu
une classification des différentes églises de notre
diocèse dans cette perspective.)
- enfin et surtout, une valeur
affective : tout spécialement l’église
- en raison des sacrements qui ont été
reçus et de la foi qui est célébrée en ce lieu…
- en raison de la place qu’elle occupe
dans le paysage quotidien de nos villages et de nos
villes…
- en raison d’un attachement plus
personnel encore : « mes ancêtres ont donné le terrain
ou ont œuvré à la construction de l’église… mon père ou
d’autres que j’ai bien connus y ont travaillé, soit
comme employés, soit bénévolement… » Bref, pour l’une ou
l’autre de ces raisons, nous pouvons être fortement
attachés à l’édifice-église….
Au service de la mission :
la mission est toujours la même et c’est elle qui est
première :
- annoncer la foi au Christ mort et
ressuscité pour nous ;
- célébrer les sacrements qui nous
communiquent sa vie ;
- faire Église en son nom et témoigner
de lui par une vie semblable à la sienne ;
- en solidarité avec le monde, vivre «
la charité dans la vérité », ainsi que nous y
invite notre Pape Benoît XVI dans sa dernière lettre
Encyclique.
Des biens au service de la mission :
c’est là que notre responsabilité et notre vigilance
sont particulièrement sollicitées aujourd’hui :
- les biens sont-ils au service de la
mission, ou nous imposent-ils une charge telle qu’ils
sont déjà ou qu’ils risquent de devenir, à plus ou moins
long terme, au détriment de la mission ?...
- le maintien et la conservation des
biens matériels exigent-ils un tel investissement
d’argent, de temps et d’énergies qu’ils en deviennent
préjudiciables au service de la mission qui pourrait se
réaliser avec un équipement matériel beaucoup plus léger
et plus réduit ?...
- le maintien et la conservation des
biens matériels exigent-ils des sommes d’argent si
imposantes qu’il en reste de moins en moins pour assurer
des services pastoraux de qualité, nécessaires à la
transmission de la foi ?...
Au cœur de toutes ces questions, se
trouve une question fondamentale : que voulons-nous
léguer aux générations à venir ?...
- Des édifices de plus en plus
déficitaires, dans certains cas ?
- Des fabriques endettées qui risquent
la faillite ?
- Ou voulons-nous transmettre la foi qui
nous fait vivre et que nous jugeons importante de
transmettre, en assurant les meilleures conditions pour
que cette transmission soit possible ?
En somme, où vont nos
priorités d’Église ?...
Je ne crois pas trop me tromper en
affirmant que le Christ ne nous demandera si nous avons
su léguer à ceux et celles qui nous suivront des biens
matériels – si beaux soient-ils et si grande soit leur
valeur patrimoniale – mais qu’il nous demandera si nous
avons su leur transmettre le bien de la foi… Il est
évident que ces biens matériels, dans plusieurs cas,
peuvent représenter une valeur culturelle et
patrimoniale indéniable… Mais, dans le contexte du
Québec d’aujourd’hui, la responsabilité de préserver ces
valeurs culturelles et patrimoniales doit devenir celle
de toute la société civile, si elle les considère
vraiment importants, et non la seule responsabilité de
la communauté chrétienne, et encore moins de ceux et
celles qui pratiquent sur une base régulière…
Les réponses à ces questions, il s’agira
de les chercher et de les élaborer ensemble, même si
nous pouvons partir de perceptions et de points de vue
très différents… Il s’agira également de bien nous
écouter les uns les autres et de nous respecter dans nos
divers points de vue qui, parfois, pourront même
s’opposer… Pour réussir une telle démarche, il faudra de
l’ouverture d’esprit et de cœur… Il faudra aussi nous
faire confiance, et ne pas étiqueter trop vite
d’étroitesse d’esprit ou de malhonnêteté les points de
vue différents ou opposés au nôtre… Au lieu de nous
durcir et de nous enfermer dans nos perceptions et nos
visions différentes, il s’agira de nous laisser
interroger par les perceptions et les visions des
autres, et chercher comment nos divers points de vue
peuvent se nuancer et s’enrichir mutuellement…
Il faudra aussi prendre le temps de bien
regarder chacune de nos situations et de poser
correctement les questions – ce que nous voulons faire
avec vous ce soir –, en réfléchissant le plus près
possible de la réalité : les chiffres ne disent pas
tout, mais ils parlent…. Dans chacune de nos paroisses,
c’est une démarche à commencer ou à poursuivre,
sereinement, charitablement, sans vouloir tout
précipiter. Vaut mieux arriver plus tard et ensemble à
de bonnes décisions, que de précipiter des décisions qui
conduisent aux incompréhensions et aux divisions… Pour
avoir participé à une décision qui nous a amenés à la
vente de notre monastère à Oka en mai 2007 –, je sais
l’importance du climat dans lequel se préparent et se
prennent de telles décisions… Ce climat peut conduire à
renforcer l’unité d’un groupe comme il peut le faire
éclater !... Dans notre cas, c’est heureusement la
première possibilité qui s’est réalisée, et c’est ce que
je souhaite pour chacune de nos paroisses et pour
chacune des unités pastorales de notre Église
diocésaine…
Cette démarche, vécue d’abord au niveau
de chaque paroisse, devra se poursuivre ensuite au
niveau de chaque unité pastorale, en apprenant peu à peu
à nous élever au-dessus de l’esprit de clocher… Là aussi
de grands défis nous attendent : nos églises se sont
parfois construites dans la rivalité et la compétition
entre paroisses. Nous n’avons pas à juger nos ancêtres,
mais au lieu de faire plus grand et plus haut, nous
sommes appelés à développer un meilleur esprit de
collaboration et de coopération entre nos diverses
communautés chrétiennes… Nous sommes invités à nous
engager dans une véritable expérience d’Église et, pour
que cette expérience porte de bons fruits, il est requis
que nous avancions toujours avec le Christ et en «communion
dans l’Esprit», en n’oubliant jamais de porter nos
réflexions et nos décisions dans la prière... C’est
ainsi que nous serons l’Église du Christ en vérité !
† Yvon Joseph
Moreau,
évêque de Sainte-Anne
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