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LE DIOCÈSE
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L'Eucharistie,

don de Dieu pour le salut du monde

 Lettre pastorale

Mgr Clément Fecteau

     En ce Jeudi saint de l'année 2008, jour où la liturgie, la prière de l'Église entière, fait mémoire du dernier repas de Notre Seigneur Jésus, Christ, fils de Dieu, je m'adresse à vous dans la joie et dans l'espérance de susciter chez vous un regain d'admiration et d'affection pour le don merveilleux de l'Eucharistie. La célébration prochaine du 49e Congrès eucharistique international à Québec, m'incite encore davantage à vous proposer quelques réflexions au sujet de ce grand sacrement, ce don magnifique du Christ à son Église, à ses sœurs et ses frères que nous sommes. 

     Pour que nous puissions saisir toute la beauté, toute la grandeur de l'Eucharistie, pour que se développent en nous des sentiments toujours plus forts d'admiration et d'amour envers ce sacrement qui est la «source et le sommet de la vie de notre Église», il importe de la mieux comprendre. Pour cela, des parcours catéchétiques préparatoires au congrès se tiennent dans plusieurs paroisses ou unités pastorales. Il est hautement souhaitable que des sessions semblables puissent être organisées selon cette même formule ou selon des modalités originales, soit avant le congrès de Québec, soit pour lui donner suite. Ce serait une manière de permettre aux fruits d'une si belle et grande manifestation de se produire longtemps et dans tous les milieux de notre diocèse. Ces activités pourraient se tenir à partir de l'initiative de paroissiens et paroissiennes intéressés qui verraient à leur organisation. Les équipes pastorales de leur milieu contribueraient alors comme personnes-ressources ou recruteraient des personnes autres capables de mettre leurs connaissances au service des fidèles désireux de renouveler par ce moyen leur foi en Jésus-Eucharistie.

 

L'Eucharistie, présence du Christ Sauveur

 

     Pour ma part, je désire exposer ici quelques réflexions, en souhaitant qu'elles puissent aider des personnes baptisées à renouveler leur amour de Jésus qui nous fait le don du pain de vie et du vin de l'Alliance. Je voudrais d'abord considérer que l'Eucharistie, étant un sacrement, est par nature symbole et signe. Cependant elle n'est pas seulement de la nature d'un signe comme le serait un objet représentant une réalité autre, comme le sifflet du train qui indique bien la présence du train, mais qui n'est pas le train, qui ne contient pas le train. Le pain et le vin de l'Eucharistie, au contraire sont à la fois le signe du Christ Jésus vivant, mais aussi ils le contiennent, ils le rendent présent. On pourrait ici faire une comparaison signifiante, bien qu'imparfaite, avec le baiser que des époux échangent. En même temps qu'il est signe de leur amour, il contribue à construire leur amour… le baiser est signe et l'amour est dans le signe, ce qui est différent, par exemple, de la photographie du baiser qui est signe mais qui ne construit pas l'amour.

 

     L'Eucharistie est une présence, la présence du Christ vivant, donc du Christ agissant. L'Eucharistie n'est pas un objet, une présence statique; elle est une personne qui pose une action bien particulière. Elle est le Christ en action de donner sa vie, de s'offrir en sacrifice, de se donner à Dieu son père. Il n'est pas suffisant de dire qu'à la messe, on rappelle que le Christ a donné sa vie déjà, dans le passé. Il continue de la donner. Il continue de poser envers nous, pour notre libération, ce geste d'amour sans comparaison.

 

     Notre foi affirme et comprend ainsi la présence du Christ Jésus: l'hostie consacrée est vraiment le corps du Christ… le vin consacré est vraiment le sang du Christ… l'un et l'autre sont le Christ total finalement.

 

     La façon d'exprimer ces choses les rend parfois plus difficiles à saisir; ainsi, affirmer que le pain est changé en corps du Christ peut laisser l'impression que ce n'est plus du pain… Alors que mangeons nous dans la Communion? On comprend mieux avec notre intelligence et avec notre sensibilité si on dit que c'est le Christ qui se fait pain, qui se fait vin. Le Christ dans son état de ressuscité est capable de cela… C'est son corps ressuscité et finalement toute sa personne qui se fait pain pour être mangé. C'est son sang de ressuscité, toute sa personne, qui se fait vin pour qu'il puisse se donner à nous. En faisant cela, il demeure tout à fait lui même et on comprend mieux qu'il puisse se faire pain et vin à plusieurs endroits en même temps.

 

L'Eucharistie, un Mémorial

 

     L'Eucharistie est aussi un «Mémorial»… ce qui est bien différent d'un récit qui raconte des faits historiques. C'est un acte rituel, un signe, un symbole par lequel, avec un grand sentiment de reconnaissance, nous rappelons à Dieu ce qu'il a fait pour nous en la personne de son divin Fils et tout le poids de promesses et d'espérance que son sacrifice comportait. Et d'autre part, le mémorial rappelle aux croyants que nous sommes ce que Dieu a fait pour nous, pas seulement pour s'en souvenir, mais aussi et surtout pour que ses bienfaits continuent d'agir en nous. On perçoit ainsi comment la présence est radicalement incompréhensible en dehors de ce concept de «Mémorial». L'Eucharistie n'est pas la mécanique sacrée qui fabrique sacramentellement un Jésus à manger ensuite et à adorer dans un ostensoir d'or. Elle est la célébration du «Mémorial» de l'acte de salut. Elle est donc une rencontre de la communauté chrétienne avec l'événement dans lequel Jésus se donne pour les humains.

 

L'Eucharistie, un acte de communion

 

     L'Eucharistie est communion, ce qui n'est pas seulement le fait de manger son corps qui a pris la forme du pain. C'est l'union intime au Christ et à son action sacrificielle. Nous communions tout au long de la messe… à travers l'écoute de la parole, à travers le dialogue des prières, à travers la présence de l'assemblée. En célébrant la messe, on est nécessairement en communion avec les sœurs et les frères qui forment son corps. Ce n'est donc pas un acte de dévotion isolé. Le fait de communier au pain et au vin consacrés constitue le signe visible par excellence de notre communion spirituelle avec le Christ et l'Église qui est son corps. On ne peut pas être en communion complète si on est dans une situation de rupture avec le Seigneur, avec l'alliance que nous avons conclue avec lui. Dans ce cas, il ne convient pas de s'approcher de la table sacrée sans avoir rétabli le lien par le sacrement du pardon. On peut toutefois faire grandir la communion avec le Seigneur par l’écoute de la Parole, par la charité fraternelle ou par l’adoration de l’Eucharistie.

 

     Il faut nous efforcer de développer un goût plus grand et peut-être mieux ciblé pour la réception de l'Eucharistie dans la communion, en la pratiquant de manière à ne pas la détacher de l'ensemble de la célébration de la messe «mémorial» du sacrifice du Christ. Bien sûr, l'Eucharistie est un don du Seigneur pour notre croissance spirituelle et le fait d'y participer par la communion est un grand bienfait pour notre bonheur et la paix de notre âme. Il ne faut quand même pas en faire un bien de consommation, fût-ce pour un profit spirituel.

 

L'Eucharistie, objet d'adoration

 

     L’adoration est la réaction spontanée de la personne humaine qui reconnaît son créateur. Elle jaillit spontanément du coeur qui contemple la grandeur de la création, la beauté d’une oeuvre artistique, le mystère de la personne humaine. La création est comme une icône vivante du Créateur : qui admire la création adore implicitement Celui qui en est la source. Le premier et le plus grand adorateur de Dieu notre Père est sans contredit son propre Fils. Nous découvrons en lui, tout au long des Évangiles, le modèle par excellence de la prière d'adoration.

 

     Bien plus, dans la façon habituelle de vivre de Jésus, nous remarquons que toute sa vie est un acte d’adoration qui trouve son point culminant dans sa mort sur la croix. Toute la vie de Jésus est louange, amour, adoration du Père dont la volonté est la vraie nourriture. Mais c’est sur la croix que Jésus manifeste pleinement sa soumission au plan salvifique du Père, alors qu’il offre non seulement sa prière, mais sa vie elle-même en un geste ultime d’amour et de fidélité. En contemplant Jésus en croix, nous découvrons et contemplons l’adorateur parfait.

 

     Ainsi notre adoration ne doit-elle pas seulement s’inspirer de l’exemple de Jésus, elle doit s’unir à l’adoration même de Jésus. L’adoration chrétienne n’est pas un acte individuel, mais un acte où les croyantes et les croyants sont unis au Christ adorateur. Son Esprit, en nous habitant, nous unit à lui : sa prière devient alors notre prière; son adoration est source de la nôtre.

 

     Par conséquent, on comprend pourquoi la célébration de l’Eucharistie est l’acte adorateur le plus parfait que puissent offrir les disciples du Christ. C’est dans la célébration de l’Eucharistie que l’acte d’amour du Christ sur la croix est représenté — rendu de nouveau présent — au coeur de la communauté chrétienne. C’est là que nous proclamons notre désir d’être unis à l’offrande du Christ pour nous donner avec lui au Père : « Par Lui, avec Lui et en Lui, à toi, Dieu le Père tout-puissant... » Et c’est dans la communion au corps et au sang du Christ que nous sommes emportés avec le Christ dans l’adoration du Père.

 

     Au fil des siècles, la dévotion eucharistique manifestée par des moments d'adoration de l'Eucharistie en dehors de la célébration de la messe a soutenu croyants et communautés et permis à plusieurs de grandir dans leur relation avec le Seigneur. Cette dévotion a nourri l’espérance, approfondi la foi et dynamisé l’amour de plusieurs. Après une diminution marquée de ces pratiques dans l'Église d'ici, on note ces dernières années une certaine reprise de la dévotion à l'adoration eucharistique, ce qui n'est pas sans apporter aux disciples de Jésus un surcroît de confiance et d'amour envers celui qui ne cesse de se donner pour notre salut.

 

     « L’acte d’adoration en dehors de la Messe prolonge et intensifie ce qui est réalisé durant la célébration liturgique elle-même » (Benoît XVI, Sacramentum Caritatis, no 66).  En effet, la célébration de l’Eucharistie trouve un prolongement normal dans la prière personnelle devant le Saint-Sacrement. Car la célébration eucharistique est à la fois la source et le modèle de l’adoration eucharistique. Notre prière devant le Saint-Sacrement devrait donc s’inspirer de notre célébration de la messe, en épouser les mouvements et se nourrir des mêmes éléments : prière communautaire, nourrie de l'Écriture, dans un esprit de communion, ouverte à la mission.

 

     Il est important de chercher à cheminer dans la vie de prière. Nous sommes invités à passer d’une prière où se multiplient les paroles et les dévotions à une prière qui se fait plus simple. Nous sommes invités à passer d’une prière où s’accumulent nos besoins et nos intérêts à une prière qui se fait écoute, qui cherche de plus en plus la volonté de Dieu et l’embrasse avec générosité. Nous sommes appelés à passer d’une prière individualiste à une prière universelle qui porte à la fois l’Église et le monde. Les Apôtres ont demandé à Jésus : « Apprends-nous à prier. » Au fil des années, alors qu’ils cheminaient avec lui, Jésus leur a appris à prier, comme il veut encore aujourd’hui nous apprendre à prier. Mettons-nous à son école.

 

     Notre foi nous enseigne que le Christ est présent sous les espèces du pain et du vin consacrés. C’est pourquoi nous venons devant le Pain de vie, conservé au tabernacle, ou, dans des moments plus solennels, exposé dans le Saint-Sacrement, pour le prier et le contempler. Toutefois, rappelons-nous que le Christ est présent de bien d’autres façons dans notre vie.

 

     L’Église nous enseigne qu’il est présent lorsque la Parole est proclamée et écoutée dans l’Église. Il est présent dans l’assemblée qui se rassemble pour le prier : « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux. » (Matthieu 18, 20) Il est présent dans le ministère de ses prêtres et de ses diacres : « Qui vous écoute, m’écoute. » (Luc 10, 16) Il est présent dans les pauvres : « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » (Matthieu 25, 40) Il est présent dans le coeur des hommes et des femmes qui cherchent à le suivre : « Si quelqu’un m’aime, il restera fidèle à ma parole : mon Père l’aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui. » (Jean 14, 23) Il est présent dans le coeur des baptisés qui peuvent dire, avec saint Paul : « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi. » (Galates 2, 20)

 

     La présence du Christ dans l’Eucharistie n’est pas « en compétition » avec ses autres modes de présence. Au contraire, la personne qui se met en présence du Christ dans le Saint-Sacrement devrait en même temps découvrir en profondeur les autres modes de présence du Christ. Ainsi, en quittant le Christ conservé au tabernacle, elle retrouve le Christ à tous les moments de sa vie. L’amour que les croyants et les croyantes portent au Christ sous l’apparence du pain consacré renouvelle et approfondit leur amour du Christ présent dans leurs frères et leurs soeurs, surtout les plus pauvres. Leur prière devant le Saint-Sacrement doit les pousser à s’engager dans de fraternelles relations tissées de tendresse et de pardon, comme dans des projets pour construire un monde plus juste. Ainsi deviennent-ils eux-mêmes la présence du Christ au coeur du monde.

 

     Quelle merveille, chères sœurs et chers frères que ce don de vie du Christ Jésus dans l'Eucharistie! Je nous engage tous à le découvrir davantage; à découvrir l’action puissante de l’Esprit saint par qui le Christ a pris corps dans le sein de la Vierge Marie, par qui le pain et le vin sont transformés en corps et sang du Christ et par qui nous devenons nous-mêmes son corps : «…vous êtes le corps du Christ et vous êtes ses membres» (1 Co 12, 27). Que ce même Esprit saint nous aide à contempler la grandeur et la beauté de ce grand mystère; qu’il nous inspire d’entraîner, dans la mesure du possible, les personnes que nous côtoyons dans ce mouvement d'admiration. Nous redoublerons d'efforts pour redécouvrir l'importance de participer à la célébration de l'Eucharistie en particulier le dimanche, jour du Seigneur. Entraidons-nous à en comprendre le sens et soutenons-nous mutuellement, au delà des difficultés de nos vies trépidantes, à en faire un moment sommet de nos semaines.

 

     Je souhaite enfin que tous les disciples du Christ soient unis d'intention avec celles et ceux qui de chez nous ou d'ailleurs, partout dans le monde, se rassembleront en congrès eucharistique du 15 au 22 juin prochain pour prier, chanter, acclamer, adorer le Christ Jésus «Pain de vie pour la vie du monde».

 

     En ce Jeudi saint, 20 mars de l'année 2008

 

 

† Clément Fecteau
Évêque de Sainte-Anne-de-la-Pocatière

 

Maurice Blais, JCL
Chancelier

 
 

 

 

 

 

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